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(4 août 2008, L’Essor -Mali) Seuls des médias ayant un accès libre aux données peuvent imposer la transparence dans la gestion des contrats miniers.
La transparence n’est pas la valeur la mieux partagée dans le secteur des industries extractives, autrement dit les mines. L’accès à l’information y est, pour le moins, aléatoire. l’Institut Panos Afrique de l’Ouest entend contribuer au déverrouillage de l’information dans le domaine. Il vient d’organiser à cet effet, à l’intention des professionnels des médias, un séminaire sous-régional dont les travaux se sont déroulés mardi et mercredi à l’hôtel Mandé.
Le thème de la rencontre était : "Informer sur les industries extractives : enjeux, contraintes, actions". La directrice générale de l’IPAO, Diana Senghor, et la coordinatrice du programme "Globalisation et information", Samira Daoud, participaient aux travaux aux côtés d’une quarantaine d’experts, consultants et professionnels de médias de pays ouest-africains (Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal), d’Afrique du Sud et des États-Unis.
Le séminaire est destiné à promouvoir une participation accrue des citoyens dans la définition et la mise en oeuvre de politiques relatives aux industries extractives. Cela pour répondre aux exigences du développement durable et favoriser une redistribution juste et équitable des revenus générés par ces activités.
Durant les deux jours de travaux, les participants ont analysé les enjeux de l’information dans le secteur des industries extractives et abordé la problématique de la transparence dans la gestion des revenus générés par le secteur. Les participants ont dressé un état des lieux critique du rôle des médias de la sous-région en matière d’information sur les industries extractives. Ils ont identifié les obstacles et les contraintes qui empêchent la presse d’avoir accès à l’information en la matière.
Des expositions ont présenté des expériences de différents pays. Selon Ousmane Cissé du Sénégal, l’accès à l’information dans les industries extractives se heurte au caractère confidentiel des données des compagnies minières. En effet, explique-t-il, dans les contrats d’exploitation, les compagnies sont liées aux États par des clauses de confidentialité. Ces dispositions imposent aux parties prenantes une discrétion absolue.
Pour avoir accès aux informations, les journalistes doivent passer par les directions des compagnies. Or celles-ci sont peu disposées à divulguer les données, notamment les chiffres qu’elles tiennent en secret.
Les industries extractives se particularisent par le caractère non renouvelable des ressources, les risques sanitaires et environnementaux, l’internationalisation du capital. A propos justement d’environnement, Adbulaï Darimani du Ghana, relève que les législations sur l’environnement de la plupart de nos pays imposent aux compagnies de fournir les informations sur l’impact de leurs activités sur le cadre de vie. "Le rôle du journaliste est de dire la vérité aux populations, aux autorités, mais aussi et surtout aux compagnies elles-mêmes. Ce sont les médias qui peuvent alerter sur tout ce qui est susceptible de mettre en danger la vie des communautés. Ce qui n’est pas le cas pour le moment dans la mesure où les professionnels des médias ne disposent pas d’assez connaissances sur le domaine", constate notre interlocuteur.
"Les populations ont le droit de savoir ce qu’on tire de leur sous-sol. En les privant des informations sur les activités des compagnies extractives, on leur ôte tout droit à la survie et à l’épanouissement", renchérit David Ugolor du Nigeria.
Il y a quand même des cas où les journalistes ont joué véritablement leur rôle, contribuant ainsi à imposer une gestion transparente des contrats. Comme par exemple dans la question de l’uranium au Niger.
Le codirecteur de rédaction du journal "Le Républicain" au Niger, Ousseini Issa, explique que les campagnes médiatiques ont abouti à la révision du contrat qui liait le Niger à la compagnie française Areva. Ces dernières années, le pays a ainsi adopté une politique de diversification de ses partenaires, ôtant du coup le monopole d’exploitation de l’uranium à Areva.
"Au Niger, nous nous sommes battus pour que les compagnies publient leurs chiffres. On s’est rendu alors compte que le pays tirait très peu profit de l’uranium. A la suite des campagnes médiatiques, le prix du kilogramme d’uranium est passé de 25 000 à 40 000 Fcfa", assure Ousseini Issa.
Au terme des travaux, le séminaire a recommandé une plus grande implication des autorités en vue de favoriser l’accès des médias à l’information dans les industries extractives. Ils ont demandé que l’on protège les professionnels des médias dans leur quête d’information dans le secteur.
La directrice générale de l’IPAO, Diana Senghor, s’est déclarée satisfaite du bon déroulement de la rencontre, et surtout de ses résultats.
Auteur : L. DIARRA
Source : L’Essor
Date de publication : 4 août 2008
Mis à jour le 10 août 2008 - Rédigé par judith
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