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Accueil > Publications > Médi@ctions > n°31 - Gambie : jours sombres pour la presse

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Worldspace et les radios africaines

Depuis trois ans, une radio sénégalaise arrose les auditeurs à n’importe quel coin du monde. Surtout la diaspora sénégalaise qui y trouve un cordon ombilical fort avec son pays. Mais à Wal Fadj’ri Fm, on parle plus de prestige que de rentabilité.

Wal Fadjri Fm fait partie de cette catégorie de radios "privilégiées" qui inondent d’informations les fortes communautés sénégalaises installées dans les métropoles d’Europe, d’Afrique ou du monde arabe. Depuis trois ans, en effet, la station sénégalaise est sur Worldspace. Si le président-directeur général du groupe Wal Fadjri regrette que "le signal ne parvienne pas aux Sénégalais basés aux Etats-Unis", Sidy Lamine Niasse ne cache pas sa joie de constater que dans une bonne partie de l’Europe, jusque dans nombre de pays arabes, ses programmes atteignent les populations par le canal de Worldspace. L’essentiel de sa satisfaction tient à ce lien ombilical que la station parvient à maintenir avec une diaspora sénégalaise éparpillée de par le monde. Car du côté des retombées financières, le sourire n’est pas encore de mise.

"Worldspace nous avait proposé une commission de 20 % sur les recettes publicitaires par satellite, alors que les 80 % restant devaient lui revenir. Mais on n’a pas pu réaliser ces objectifs", éclaire Sidy Lamine Niasse. L’autre source de revenus attendue n’a pas non plus . porté ses fruits. "La vente des postes numériques Worldspace sur le marché sénégalais ne rapporte pas beaucoup aux promoteurs", explique-t-il. Le coût de 129 000 F Cfa (plus de trois fois le Smig) pour un poste-radio y est sans doute pour quelque chose. L’affaire est surtout rentable avec les Sénégalais de l’extérieur qui, dans leurs pays d’accueil, ont les moyens de satisfaire leur besoin de vivre au contact (radiophonique) du pays.

A l’écoute de Walf Fm, on se rend compte que Worlds-pace apporte un plus dans leur vie d’immigrés. Le soir, sans doute quand ils rentrent du travail, leurs appels téléphoniques sont réguliers dans les émissions de variétés de la station sénégalaise. Offrir un disque est une occasion de lancer un message à la famille restée au pays. Mais on les sent aussi au contact de l’actualité locale, s’impliquant dans les débats radiophoniques, quand le téléphone est ouvert pour permettre aux auditeurs de donner leurs points de vue sur des questions d’intérêt national (politique, social, économique, etc.). Mais l’engouement n’a pas encore atteint ce point où les radios sénégalaises se lanceraient dans de larges programmes spécifiquement destinés aux émigrés. N’empêche que ces derniers marquent de plus en plus leur présence sur les ondes. Depuis l’Italie, par exemple, avec sa forte concentration de Sénégalais, des avis et communiqués, des annonces de manifestations culturelles tombent. Faite sur Walf Fm, la publicité d’une soirée récréative qui se passe à Milan n’est pas pour émoustiller les jeunes Dakarois ; elle est plutôt destinée aux Sénégalais d’Italie. L’habillage du message publicitaire dans les sonorités et les références locales, en plus de l’utilisation d’une langue sénégalaise plutôt que de l’italien, fait sans doute mouche dans ces nombreux foyers d’immigrés où, grâce à Worldspace, Walf Fm brise la distance avec le Sénégal.

Au niveau de la radio dakaroise, on signale toutefois que ces opportunités ne riment pas avec "poule aux oeufs d’or". Les annonces publicitaires qui tombent de l’extérieur, souligne M. Niasse, sont payées au tarif local. "Les auditeurs et autres annonceurs installés à l’étranger qui veulent s offrir les services de Walf Fm sont traités sur le même registre que ceux qui sont au pays. Et en dépit d’une appropriation de l’outil radiophonique parles auditeurs de la diaspoia sénégalaise, les dédicaces musicales qu’ils font ne sont pas payantes non pius. Car il n’y a pas de système de serveur vocal international", avance M. Niasse. Ainsi ce procédé qui rapporte beaucoup avec les appels des auditeurs au plan local ne profite pas avec les émigrés.

Au niveau des annonces publicitaires, le patron du presse sénégalais groupe de s’attendait à beaucoup plus. Notamment que Worldspace prenne langue avec des multinationales qui pourraient se lancer dans une campagne publicitaire satellitaire. "Des démarches ont été entreprises en Afrique du Sud, sans suite. Les annonceurs ne suivaient pas la cadence", confie-t-il. Le pays de Thabo Mbeki est sans doute le seul en Afrique où le potentiel économique et l’existence de grands groupes industriels permettent d’envisager une campagne publicitaire internationale. Au niveau de Walt Fm, on a toutefois pensé à l’idée d’ouvrir une régie commerciale basée en Europe pour profiter des opportunités que peut offrir la diaspora sénégalaise. "Mais nous n’avons pas !es moyens d’installer une équipe là-bas", reconnaît son directeur.

La présence sur Worlds-pace est une opération financière lourde. "Normalement, il faut payer 140 millions de francs Cfa, compte non tenu des redevances de 3,5 millions de francs par mois versées à la Société nationale de télécommunications qui assure la liaison montante du son vers le satellite", révèle M. Niasse. Mais il s’empresse d’ajouter : "On ne paie pas" les 140 millions exigés par Worldspace dans les clauses du contrat. "Ils nous ont acceptés", laisse entendre Sidy Lamine qui n’exclut pas l’éventualité de "disparaître", en dépit d’une collaboration qui dure depuis trois ans. D’autres stations sénégalaises qui avaient tenté l’aventure sont redescendues sur terre. Comme la 7 Fm et Sud Fm.

Cherté du prix d’accès à Worldspace et déficit de fréquences constituent autant de facteurs bloquants qui expliquent la disparition des radios locales sur Worldspace, selon M. Niasse. "Les promoteurs ont fait un choix, mais je crois qu’il y a une erreur d’approche, poursuit-il. Au iieu de s’appuyer exclusivement sur la vente de postes qui ne sont pas a la portée de n’importe quel auditeur, il aurait fallu vendre moins cher et proposer aux auditeurs des formules d’abonnement. En somme, procéder comme l’opérateur de télévision privée Canal+ horizons. Avec sa carte, l’auditeur est en mesure d’accéder aux différentes stations de la radio numérique et il peut se réabonner à chaque fois que de besoin et que ses moyens le lui permettent".

Le seul motif de fierté que semble arborer le patron du groupe de presse Wal Fadjri (qui édite aussi un quotidien) c’est le privilège de porter l’information auprès d’un public qui traverse les frontières. Autant il aurait aussi aimé que sa radio, qui émet sur la bande Fm, puisse couvrir tout le territoire national. Ne disposant que d’une station relais, la couverture de Walf Fm n’atteint pas toutes les régions du Sénégal. Avec des radios Worldspace plus accessibles, il pensait cette perspective réalisable. Mais quatre années après leur lancement, ils restent encore hors de prix.

Golfe Fm disparaît du bouquet

Le 22 août dernier, Charles Houndjo reçoit son prix pour le concours Bbc Afrique Talent qu’organise chaque année la radio internationale britannique en direction des jeunes reporters. La distinction lui a valu comme récompense un poste radio Worldspace. Sa première pensée est allée vers Golfe Fm. Il y a trois ans, au lancement de cette innovation qui permettait de capter une radio par satellite de n’importe quel coin du monde, la « Magic Radio », comme l’appellent les Béninois, s’était lancée dans l’aventure en compagnie d’une poignée de stations africaines. Mais Charles Houndjo aura beau essayer, Golfe Fm ne passe plus à travers Worldspace. Si tambours et trompettes avaient annoncé sa montée au ciel, rien n’est dit sur les raisons qui ont poussé la station béninoise à décrocher. Directeur de Golfe Fm, Charbel Aïhou se dit dans l’impossibilité de donner les raisons de ce décrochage. Seul à être dans le secret des dieux, le président-directeur général, du groupe de presse Ismaël Soumanou. Un « calendrier trop chargé » l’empêchera de se prêter à un entretien sur ia question, pour savoir qui de la station ou de Worldspace n’a pas honoré les termes du contrat conclu, aboutissant à cette rupture, ainsi qu’il se dit dans le milieu de la presse à Cotonou. Cette diffusion par satellite avait été accueillie comme une initiative intéressante. Dans son rapport « Usages des Ntic pour le développement au Bénin : répertoire sélectif », l’Ong Oridev soulignait alors qu’elle « est très appréciée des Béninois de l’étranger et des auditeurs d’autres pays qui arrivent ainsi à écouter en temps réel des informations sur le Bénin diffusées en modulation de fréquence vingt-quatre heures sur vingt-quatre ». Mais au-delà de cette possibilité offerte à la diaspora béninoise de vivre au rythme du pays, Sylvain Semilinko, journaliste et responsable à Bbc Afrique note cette possibilité offerte d’avoir une excellente écoute des radios internationales comme Rfi et Bbc. Mais pour quels heureux élus ? « La diffusion et la réception par Worldspace » coûtent très cher, souligne le conseiller de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) Fernand Azokpota, chargé du département de l’audiovisuel de l’institution. En décembre 2000, le poste récepteur coûtait plus de 100 000 F Cfa. Aujourd’hui, sa valeur avoisine les 75 000 F Cfa. Au vue des possibilités économiques des populations, il y a encore du chemin à faire pour vulgariser ce nouveau moyen de communication, malgré le son numérique, le confort d’écoute et la possibilité qu’il offre d’avoir le monde à ses oreilles.
Hippolyte A. DJIWAN

Mis à jour le 1er juillet 2002

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